Peux tu te présenter, tes passions d’ou viens tu ?

Hello Tom, je m’appelle Nina, je suis originaire des Pays-Bas. J’ai vécu à Paris, à Nantes, près de Biarritz… J’ai pas mal mal bougé et pour le moment je suis en région parisienne, parce que c’est plus intéressant pour une artiste. Actuellement, j’ai en tête d’aller vivre à l’étranger, je verrais bien.

Je suis passionnée par la création, le dessin, la représentation du corps féminin, du désir. Le corps féminin est l’objet d’une fascination partagée par l’humanité dans son ensemble  depuis la nuit des temps, et je n’échappe pas à cela !

Je suis passionnée par les Arts graphiques, le Street art et la Photo. Je me nourris aussi de littérature, tendance érotique.

Auto-portrait de Nina Van Kidow.
Nina Van Kidow

Tu es une illustratrice, ton travail se focalise sur la femme. Peux-tu nous en dire plus?

Je suis une artiste qui dessine des femmes. Je dirais que je suis dans la représentation du féminin. 

En tant que femme, on ne peut pas ne pas être intriguée, interrogée par l’envahissement de l’espace public, médiatique, artistique et publicitaire par le corps de la femme.

Il est utilisé pour tout vendre. Il est vecteur de désirs, de fantasmes et de fascination. 

C’est interrogeant non ? Que porte ce corps en lui même pour être si exhibé, exploité, idolâtré ? Une vrai forme de pouvoir en somme. J’ai voulu à ma manière explorer ce matériau que je partage avec les autres femmes.

J’aime représenter le corps féminin, plus ou moins dévoilé, montrer sa puissance, son érotisme.

J’aime représenter le corps féminin, plus ou moins dévoilé, montrer sa puissance, son érotisme.

Montrer les femmes dans leurs désirs, ceux qu’elles entretiennent avec elles-mêmes, et ceux qu’elles provoquent.

Pour moi, le désir est un des moteurs les plus puissants.

“la relation que j’avais avec mon propre corps.”

Depuis combien de temps pratiques tu cette passion? Qu’est-ce qui ta amené à l’illustration?

Je dessine depuis que j’ai 16 ans. La 1ère fois que je suis entrée dans un atelier pour y prendre des cours, il y avait un modèle vivant, une femme qui posait nue.

Cela a été un choc, une révélation : être devant l’évidence de ce corps qui se montrait, sans retenue, m’a vraiment fasciné. Il y avait là une vérité qui était passionnante à explorer.

Cela renvoyait à la relation au corps, à sa mise en scène, et évidemment à la relation que j’avais avec mon propre corps.

Par la suite, j’ai moi-même été modèle pour le nu en dessin, en sculpture ou en photo.Toujours mon obsession pour le corps. J’ai fait du dessin et de la sculpture, puis de la peinture abstraite pendant un temps.

Après une rupture dans ma vie, un grand changement, je me suis questionnée sur ce qui me touchait le plus, ce que j’aime le plus représenter et voir représenter.

La réponse est venue rapidement : le corps, la femme dans ce qu’elle a d’intime et de nécessaire. Retour à la source.Tu sais, dans la vie il y a Eros et Thanatos. Moi, j’ai choisi Eros comme centre d’intérêt, cela me semble être la porte la plus interessante à ouvrir !

Où vas tu trouver ton inspiration?

Je travaille à partir de photos de moi ou d’autres femmes. Je trouve parfois des photos dans certains magazines, et j’organise des séances photos avec des muses.

Certains artistes ont jalonnés mon imaginaire : Egon Schiele, Hajime Sorayama, Alphonse Mucha, Manara, Franck Miller ou Gustave Klimt.

Il y a aussi Frida Kalho, Vanessa Beecroft, Cindy Shermann ou Bettina Rheims qui sont des artistes inspirantes. Pour moi, Helmut Newton ou Robert Mapplethorpe sont iconiques pour l’érotisme dans la photo.

Pour le Street Art, j’aime le travail de Pure Evil, Fafi ou Miss.tic. 

Liste non exhaustive évidemment.

“des déesses qui surgissent du néant”

Tu travailles sur la ligne: blanc sur noir, Que cherches-tu à exprimer de la sorte?

En fait, je recherche une sorte d’épure, de synthèse, un peu comme le négatif d’un corps.

Qu’est-ce qui provoque le désir ? On peut retirer les yeux, la peau, et suggérer la force d’un corps, du désir, avec de simples lignes. 

J’ai voulu jouer sur la notion d’apparition. Ces femmes sont blanches, épurées à l’extrême, sans fioritures. Elles sont un peu comme des déesses qui surgissent du néant. Le noir, c’est l’intime et le gouffre en même temps. C’est aussi un vide qui peut renvoyer au vide dont on remplit ces femmes.

Les photos très explicites, qui peuvent être vulgaires avec leurs couleurs ou leurs expressions, lorsqu’on les réduit à un dessin tracé en blanc laissent uniquement une présence. Juste la force des lignes du corps, sans intention de circonstance.

Le vide qui est entre les lignes laisse la place à l’imaginaire du regardeur, sans le mettre en situation de voyeur. Ces femmes sont impersonnelles, et donc universelles. 

Ce qui me plaît, c’est réussir, même à partir d’une photo d’un magazine de charme ou un peu hard, à rendre ces femmes graphiques, à la limite de l’abstraction.

On ne peut pas les saisir, elles sont presque dématérialisées. Cela instaure un paradoxe entre ce qui peut paraître trivial et un graphisme minimaliste.

Pourrais-tu nous présenter trois de tes illustrations, ce qu’elles représentent pour toi.

Ce qui est important de savoir, c’est que je fais tous mes dessins à la main. Je ne fait rien sur ordinateur car j’aime infléchir moi même les courbes de mes traits. C’est une question de fluidité, de vérité d’intention.

Et puis il y a une fragilité, une subtilité dans le dessin à la main auxquelles je tiens vraiment.

Je travaille sur un papier mat au noir très profond. Cela est vraiment fondamental pour moi : la matité du papier, la profondeur du noir font vraiment ressortir mes lignes de manière très graphique.

Le trait blanc le plus fin, par effet de contraste ressort très fort. Je rajoute des aplats blancs sur certaines zones de mes dessins pour donner un relief particulier à certaines parties du corps. Je les travaille à la gouache pour garder l’aspect mat du blanc comme celui du noir. 

Ces tracés de mes dessins sont très précis et ne permettent aucune correction. Il faut les sortir presque d’un seul trait.

Ce dessin a été fait à partir d’une photo d’une modèle que je suis sur Instagram. 

Elle se fait photographier nue en extérieur. J’aime cette association du nu et des graffs derrière elle. C’est la réunion de deux univers que j’aime. Il y a une liberté à laquelle je tiens beaucoup qui se dégage de l’ensemble.

Illustration de Nina Van Kidow, une femme nue devant un mur de graffitis.
Nina Van Kidow – une passion pour le street art

J’aime le côté provocateur de ce dessin : la fille fait pointer ses tétons, elle est très volontaire dans son attitude.

C’est très assumé, frontal, décomplexé. Aujourd’hui, les femmes le sont de plus en plus par rapport à leur désir, leur sexualité.

Illustration de Nina Van Kidow, une femme se fait pointer les tétons.
Nina Van Kidow – une attitude volontaire

Ce qui est intéressant ici c’est le contraste entre les lignes droites des moulures et les courbes du corps.

Cette lingerie est l’emblème de l’érotisme au féminin.

Illustration de Nina Van Kidow, une femme en porte jarretelles fait fasse au mur.
Nina Van Kidow – érotisme au féminin

On te retrouve sur Instagram, as-tu des expositions de prévues, des collaborations pour parution ?

Depuis deux ans, j’ai ouvert mon compte Instagram et je l’alimente régulièrement de nouveaux dessins et publications. C’est pour moi la possibilité de rencontrer et d’échanger avec des modèles de tous les pays. C’était mon rêve. Et puis, savoir que mon travail intéresse à Berlin, Los Angeles ou Milan, ça me stimule beaucoup.

J’ai aussi deux autres projets sur lesquels je travaille et qui me prennent toute mon énergie et mon attention. 

Notamment un projet de Street Art car c’est le mode d’expression artistique qui m’intéresse le plus.  L’espace public est saturé de femmes et j’ai envie d’interroger la perception de la femme en mettant mes dessins dans la rue, sous le regard de tous. Je suis curieuse de voir ce que mon travail peut produire comme réaction.

Pour ce qui concerne l’autre projet, je ne veux pas t’en dire plus pour le moment car je veux garder une certaine surprise. 

Des collabs ? Oui régulièrement, notamment avec des photographes ou des modèles. J’aimerai bien sûr montrer mes dessins en galerie mais c’est pour plus tard à mon avis.

Un petit mot pour conclure ?

Vive les femmes ! Vive les fesses !